Préparer une solution nutritive en deux flacons ne ressemble pas à verser un engrais liquide. Le contenu n'est pas prêt à l'emploi, il faut d'abord le dissoudre, et les deux parties ne se rencontrent jamais à l'état concentré. Le geste tient en trois temps, dissoudre, doser, renouveler, mais c'est le dernier qui décide de la suite, parce que l'eau du bac change de composition entre deux apports.
En bref
- Deux flacons de 100 ml à dissoudre séparément dans environ 100 ml d'eau claire chacun, jamais dans le même verre.
- Le barème part de 5 ml de chaque partie pour 1 L d'eau, et les deux volumes restent toujours égaux.
- La boîte ne contient ni seringue graduée ni conductimètre : ce sont les deux outils du dosage.
- Un bac qui reçoit seulement des compléments d'eau s'appauvrit en potassium et voit son pH monter en trois semaines.
- Un surdosage franc se paie sur la récolte, bien avant que les feuilles ne le montrent.
Ce qui se passe quand les deux concentrés se rencontrent
Remplissez le flacon A d'eau claire, une centaine de millilitres, puis vissez et agitez jusqu'à ce qu'il ne reste plus de grains au fond. Comptez quelques minutes, et attendez que le liquide soit transparent avant de passer à la suite : un fond trouble annonce des sels mal dissous. Le flacon B demande exactement le même traitement, et il le reçoit dans un récipient distinct, ou dans le premier une fois celui-ci rincé. La seringue suit la même règle et se rince entre les deux prélèvements.
Cette séparation n'est pas une précaution commerciale. Les recettes hydroponiques professionnelles répartissent elles aussi leurs sels entre plusieurs cuves, et la raison tient à la chimie des concentrés : le calcium réagit avec les phosphates et les sulfates pour donner des composés insolubles. Le dépôt se forme dans la cuve de stockage, pas dans le bassin, et il emporte des éléments que la plante ne recevra jamais. Une fois les sels dilués dans le grand volume d'eau, le problème disparaît : c'est le concentré qui est instable, pas la solution finale.
Gardez donc deux solutions mères distinctes, et notez leur date de dissolution sur l'étiquette. Le produit ne donne aucune durée de conservation, et une solution vieille de plusieurs mois n'apporte pas les mêmes garanties qu'une solution fraîche.
L'ordre du mélange compte plus que le barème
Le repère de base est simple : cinq millilitres de chaque partie pour un litre d'eau. Quand votre bassin contient plus d'eau, le barème monte par paliers jusqu'à vingt-cinq millilitres de chaque côté pour cinq litres ; la symétrie entre les deux parties ne se relâche jamais. Ne préparez pas un mélange à part : prélevez le A, prélevez le B, et versez les deux directement dans l'eau du bac, l'une après l'autre.
Le sens du versement décide du résultat. Verser une solution mère sur l'autre dans un récipient vide reconstitue le concentré instable de tout à l'heure. Verser les deux dans plusieurs litres d'eau dilue chaque goutte immédiatement, et rien ne précipite.
Prévoyez de quoi mesurer : ni seringue, ni verre doseur, ni conductimètre ne sont fournis. Une seringue de dix millilitres suffit pour les prélèvements. Un conductimètre change la façon de travailler, parce qu'il vous dit où vous en êtes au lieu de vous faire confiance au barème.

Ce que la conductivité ajoute au barème
La conductivité mesure la quantité de sels dissous dans l'eau, en une seule lecture. Le barème vise une moyenne, votre eau de départ et votre culture décident du reste.
Reste à savoir vers quoi viser. Une étude conduite sur de la laitue en culture hydroponique compare deux régimes de concentration, l'un à 1,5 puis 2,0 dS/m, l'autre à 4,5 puis 6,0 dS/m. Dans le second, la surface foliaire tombe de 1 338 à 331 cm² et le rendement par pied passe de 58 à 14 grammes. Les auteurs rattachent cette chute à un stress salin qui réduit l'absorption de l'azote, du phosphore, du potassium, du calcium, du magnésium et du soufre. Une conductivité qui monte ne freine donc pas seulement la croissance : elle coupe l'alimentation.
Le premier régime de cette étude, autour de 1,5 à 2,0 dS/m, donne un repère de travail pour une culture feuille. Partez du palier du bas du barème, lisez la conductivité, et n'augmentez que si la lecture reste basse.
Une réserve, tout de même : une lecture unique dit la quantité de sels dissous, pas lesquels. Les auteurs de l'étude texane citée plus bas préviennent que la conductivité renseigne mal sur les éléments réellement disponibles, et qu'un pilotage à cette seule valeur finit par déséquilibrer la solution. Servez-vous en comme d'une alarme, pas comme d'un bulletin de santé complet.
Ce que devient l'eau du bac entre deux apports
Un bac ne se contente pas de consommer ce que vous y versez. Une expérience menée sur des salades et des pak-choïs en circuit fermé a suivi la composition de la solution pendant dix-neuf jours. Le niveau était simplement remis à flot, avec de l'eau osmosée ou de l'eau du robinet. Au bout du compte, le potassium de la solution est tombé à zéro, sans que rien ne le signale à l'œil. Le pH, lui, a grimpé régulièrement jusqu'à environ 7,5 sur la même période. Et quand le complément se faisait à l'eau du robinet, le sodium et le chlore se sont accumulés dans le bac.
Les plants, retenus par leurs paniers maillés, ne prélèvent pas tous les éléments au même rythme : le potassium part vite, d'autres sels restent en réserve. D'où trois conséquences pour votre bassin. Remettre de l'eau ne remet pas les sels, et le potassium manquant reste manquant. Un complément au robinet ajoute des éléments que personne n'a dosés. Un pH qui dérive vers 7,5 finit par gêner l'accès à certains éléments, même présents dans l'eau.
Le rythme qui découle de tout cela est simple : compléter le niveau entre deux apports, et vidanger complètement à intervalle régulier pour repartir d'une eau neuve. Un brassage continu, assuré par une pompe à air, évite qu'une zone du bac reste sans oxygène entre deux renouvellements. La fiche produit ne donne aucune fréquence, et personne ne peut la donner à votre place : elle dépend du volume du bac, de la culture et de la dureté de votre eau.

Votre eau de départ apporte déjà sa part
Avant de doser, sachez ce que contient l'eau que vous allez mélanger. Une eau de puits peut arriver chargée en calcium, à hauteur de 40 à 60 ppm d'après une fiche technique consacrée aux tomates hors sol, qui conseille d'en tenir compte dans le calcul. Une eau calcaire fait donc une partie du travail, et arrive avec une conductivité de départ non nulle.
L'ordre de grandeur est loin d'être négligeable : l'eau du robinet du Texas affiche couramment une conductivité de 0,5 à 1,8 dS/m, une charge que l'étude citée plus haut mesure avant tout raisonnement sur la dose. Comparez avec la plage de travail de 1,5 à 2,0 dS/m : dans le haut de cette fourchette, l'eau seule occupe déjà presque tout l'espace disponible. Lire la conductivité de son eau avant le premier mélange évite de partir avec un handicap.
La même fiche signale un second effet, moins intuitif. Un excès de potassium gêne l'absorption du calcium et du magnésium par les racines. Les feuilles basses marquent alors une carence en magnésium, et les fruits développent des nécroses au cul quand la dose est trop forte. Ce n'est donc pas en versant plus que l'on compense une eau chargée, c'est en partant plus bas et en ajustant à la lecture.
Deux flacons, un même rythme
Puisque les prélèvements sont toujours égaux, les deux flacons de la solution nutritive A et B s'épuisent en même temps. À cinq millilitres par litre, un flacon de cent millilitres de solution mère couvre environ vingt litres d'eau de bac. Le calcul se vérifie de tête : cent divisé par cinq donne vingt, et l'autre flacon suit exactement le même compte.
Ce chiffre aide à prévoir le réachat, pas à promettre une contenance. La boîte n'annonce aucun volume de solution finie, et un acheteur estime de son côté qu'un jeu de flacons remplit à peu près un bassin de cinquante litres à faible conductivité. Les deux repères se recoupent si l'on tient compte de la dilution réelle, plus faible que le barème quand l'eau du robinet apporte déjà des sels.
Conserver les flacons sans perdre de solution
Des acheteurs rapportent des suintements au niveau du pas de vis, aussi bien sur un flacon resté stocké qu'au moment du versement, et l'un d'eux a préféré transvaser le produit dans du verre teinté. Aucun matériel n'est nécessaire pour limiter le phénomène : un chiffon sur le goulot après chaque prélèvement, un bouchon vissé sans excès, et un rangement à la verticale plutôt que sur le flanc.
Hors gel et à l'abri de la lumière, les sels secs se conservent sans difficulté. Une fois dissous, le produit devient une solution à garder fermée et à utiliser dans un délai raisonnable. Notez la date sur l'étiquette : c'est la seule information qui vous dira si la solution mère a passé l'hiver.

Questions frequentes
Un dépôt blanc apparaît au fond du verre doseur, que faire ?
Ce dépôt signale que les deux concentrés se sont rencontrés avant d'être dilués. La réaction est normale entre un concentré calcique et un concentré phosphaté, et le résultat est insoluble : une fois formé, il ne se redissoudra pas. Jetez le contenu du verre, rincez-le, et reprenez les deux prélèvements séparément, en versant chacun dans l'eau du bac. Un dépôt au fond du flacon après dissolution indique plutôt des sels mal dissous : secouez de nouveau avant de doser.
Peut-on préparer la solution la veille et la garder au frais ?
Rien ne l'interdit, mais rien ne le recommande non plus, et le produit ne donne aucune durée de conservation. Une solution mère préparée à l'avance reste un concentré : elle doit être conservée dans son flacon, bouchée, et non mélangée à l'autre partie. Le geste complet demande quelques minutes, ce qui laisse peu de raisons de l'anticiper. Si vous préparez la veille, notez la date sur l'étiquette.
Que faire si le flacon B se vide avant le A ?
C'est le signe qu'un prélèvement a dérivé. Les deux parties se dosent à volumes égaux, donc elles s'épuisent au même rythme dans un usage normal. Un écart de niveau veut dire qu'une seringue a servi deux fois pour la même partie, ou que le rinçage entre A et B a été oublié. Reprenez les mesures devant les deux flacons, et rincez le doseur entre chaque prélèvement.
Le barème change-t-il selon ce que vous cultivez ?
Le barème du produit est fixe, mais la concentration qu'il vise convient surtout à des cultures feuilles. Une culture fruitière se conduit sur d'autres repères, exprimés en parties par million plutôt qu'en millilitres : une fiche technique destinée aux tomates hors sol recommande de garder l'azote bas en début de saison, entre 60 et 70 ppm, pour éviter des plants trop poussés à la floraison. Si vous passez à des tomates ou des poivrons, le barème du flacon devient un point de départ à revoir.
Sources
- Cornell University, Controlled Environment Agriculture group. A Recipe for Hydroponic Success. Cornell University, fact sheet.
- Masabni, J., Niu, G., Sun, Y., (2020). Importance of Water Quality in Hydroponic Leafy Greens Production. Texas A&M AgriLife Extension, publication HORT-PU-164.
- Hochmuth, G. J., Hochmuth, R. C., (2018). Nutrient Solution Formulation for Hydroponic (Perlite, Rockwool, NFT) Tomatoes in Florida. UF/IFAS Extension, publication HS796 / CV216.
- Akter, N., Cammarisano, L., Ahamed, M. S., (2026). Interactive effects of electrical conductivity and light intensity on growth, yield, and nutrient dynamics of hydroponic lettuce. Scientific Reports, vol. 16, article 14803.

