En 2023, la filière apicole française a traversé une crise de commercialisation née de l’inflation européenne. L’Observatoire de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche, publié par FranceAgriMer en juillet 2025 sur les données 2024, consacre un focus à ses effets sur les exploitations. Sa figure 19 liste sept conséquences déclarées par les apiculteurs touchés, plusieurs réponses étant possibles par répondant.
Ce que la crise a fait aux exploitations touchées
Impacts de la crise déclarés par les exploitations touchées, en part des répondants, plusieurs réponses étant possibles, figure 19 du document. Source : Observatoire de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche 2024, FranceAgriMer.
Le premier effet est un stock qui ne part pas : 70 % des exploitations touchées n’ont pas vendu l’intégralité de leur récolte. Vient ensuite le prix, avec 30 % qui ont accepté une baisse importante pour conserver leurs contrats de vente en vrac, un choix que FranceAgriMer observe surtout chez les grandes exploitations. Près d’un quart a réussi à écouler le surplus l’année suivante, 24 %, malgré une récolte 2024 plus faible. Les recompositions de circuits suivent : 22 % ont cherché d’autres détaillants pour la vente en pots, 16 % ont augmenté la part de vente directe et 12 % ont trouvé de nouveaux acheteurs pour le vrac. Le stockage, enfin, n’a concerné que 7 % des exploitations touchées.
Les exploitations les plus grandes ont été les plus touchées
Toutes les exploitations ne se sont pas retrouvées au même point. La figure 17 montre un gradient net selon la taille du rucher : 5 % des apiculteurs de moins de 50 ruches déclarent avoir été confrontés à des difficultés de commercialisation en 2023, contre 18 % de ceux qui ont entre 50 et 149 ruches, 27 % entre 150 et 199, 37 % entre 200 et 399 et 49 % au-delà de 400 ruches. Rapporté à l’ensemble de la filière, cela donne 8 % des apiculteurs, et 24 % parmi ceux qui dépassent 50 ruches. La figure 18 ajoute une seconde lecture, par circuit de vente plutôt que par taille.
| Part du miel vendue en vrac | Exploitations touchées par la crise |
|---|---|
| 0 à 25 % | 8 % |
| 25 à 50 % | 45 % |
| 50 à 75 % | 48 % |
| 75 à 100 % | 30 % |
Part des exploitations touchées par la crise de 2023 selon la part de leur miel commercialisée en vrac, figure 18 du document. Source : Observatoire de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche 2024, FranceAgriMer.
Le classement surprend par son milieu. Ce ne sont pas les exploitations entièrement tournées vers le vrac qui ont le plus souffert, mais celles qui n’en vendaient qu’une partie : entre 25 et 75 % de vrac, environ la moitié des répondants ont été touchés, 45 % puis 48 %. FranceAgriMer l’explique par des relations moins fortes avec les clients et les grossistes : leurs contrats ont été difficilement renouvelés en 2023, et ces exploitations ont peiné à retrouver des débouchés pour compenser la perte des ventes en vrac. Au-delà de 75 % de vrac, la part retombe à 30 % : face à la hausse des prix, les grossistes ont privilégié leurs plus gros fournisseurs, avec qui ils traitent régulièrement. Sous 25 % de vrac, elle tombe à 8 %, car ces exploitations vivent surtout de la vente directe, des magasins de producteurs et des enseignes de grande distribution.
Ce que les apiculteurs ont changé dans leur production
Modifications de stratégies de production déclarées après la crise, en part des répondants, plusieurs réponses étant possibles, figure 20 du document. Source : Observatoire de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche 2024, FranceAgriMer.
Prise dans son ensemble, la réponse est d’abord un statu quo : 49,1 % des apiculteurs n’ont modifié aucune de leurs pratiques de production. Ceux qui ont bougé ont surtout agrandi leur rucher, 22,8 %, et ces changements concernent 70 % des ruchers de plus de 50 ruches, contre seulement 45 % des plus petits. La réduction des coûts de production arrive loin derrière, à 8,4 %, mais elle monte à 22 % chez les plus de 50 ruches, où elle passe le plus souvent par une limitation des investissements. La transhumance, 4,5 %, la recherche de miellées plus productives, 6,2 %, ou mieux valorisées, 6,1 %, et la mise en place d’une certification, 2,4 %, répondent à la même logique : produire autrement pour se démarquer sur un marché où le vrac se paie mal. Pour situer cet effort, ce que vaut le miel en vrac selon la miellée donne le prix de chaque cru, les stocks de miel des apiculteurs détaillent les volumes restés sur les palettes en 2024, la production de miel par région mesure la place de la transhumance dans la récolte et la catégorie matériel apicole rassemble l’équipement que ces changements supposent. Ces déclarations portent sur l’année qui a suivi la crise. Une seule campagne ne dit pas si les orientations prises se sont installées dans la durée.
Les quatre figures viennent de l’Observatoire de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche, données 2024, publié par FranceAgriMer en juillet 2025. L’enquête a recueilli 4 002 réponses, ce qui couvre 5,8 % des apiculteurs ayant déclaré des ruches à la DGAL en 2024. Les figures 17 et 18 portent sur l’ensemble des répondants, la figure 19 sur les seules exploitations touchées par la crise, et la figure 20 sur l’ensemble des répondants, plusieurs réponses pouvant être cochées. Ce sont des déclarations d’apiculteurs, pas un relevé de comptabilité.