Le frelon asiatique à pattes jaunes est arrivé par accident en France en 2004, dans le Lot-et-Garonne. Le dossier de presse du plan national de lutte, publié par le ministère de la Transition écologique le 27 mars 2026, dresse le constat : l’espèce s’est progressivement installée dans tous les départements métropolitains. Sa propagation ne s’est pas arrêtée à la frontière : elle a atteint la Hongrie en 2024, et neuf pays européens sont désormais concernés. Le même document conclut que l’éradication n’est plus envisageable avec les moyens actuels, et que la stratégie consiste désormais à contenir les impacts.
Une seule reine fécondée, et vingt ans de propagation
Le dossier de presse avance une explication à cette vitesse de diffusion : une unique reine fécondée serait à l’origine de la progression de l’espèce sur le territoire national, puis dans certains pays européens. Quatre facteurs sont cités : une forte capacité de reproduction, un cycle biologique annuel qui produit un grand nombre d’individus, des ressources alimentaires abondantes, et l’absence de prédateurs naturels spécifiques. Un nid de frelon asiatique peut ainsi se développer sans frein particulier dans un jardin, sous une avancée de toit ou dans une haie.
Ce qu’un nid prélève au jardin
Répartition des proies d’un nid de frelon asiatique, d’après une étude du Muséum national d’Histoire naturelle de 2021 citée par le projet de plan national de lutte contre le frelon asiatique (ministère de la Transition écologique, mars 2026).
Le projet de plan national donne l’ordre de grandeur : un nid consomme en moyenne plus de 11 kilogrammes d’insectes entre mars et octobre, dont environ 38 % d’abeilles domestiques, 30 % de mouches et 20 % de guêpes. Le dossier de presse du même ministère arrondit ces parts : près de 85 % de l’alimentation du frelon serait composée d’abeilles, de guêpes et de mouches, dont environ 40 % d’abeilles domestiques. Les deux documents décrivent le même régime, l’un au pourcentage près, l’autre en valeur arrondie. Prédateur opportuniste, le frelon cible les proies localement abondantes et faciles à capturer, ce qui explique que son menu change d’un jardin à l’autre selon ce qui s’y trouve.
Ce que cela change pour les ruches et pour le jardin
La prédation se voit à l’entrée des ruches : les frelons se mettent en vol stationnaire devant le trou de vol pour capturer les ouvrières. Au-delà des abeilles capturées, cette pression perturbe le butinage et limite les réserves constituées pour l’hivernage. Le plan chiffre le coût du renouvellement des colonies perdues jusqu’à 26 % des revenus issus de la production de miel, soit près de 12 millions d’euros par an à l’échelle nationale. Pour la biodiversité ordinaire du jardin, le dossier de presse reste prudent : l’impact sur les pollinisateurs sauvages n’est pas encore totalement connu, et il doit faire l’objet d’études plus approfondies. Certaines méthodes de lutte, notamment les pièges non sélectifs, peuvent elles-mêmes avoir des effets négatifs sur d’autres insectes, ce qui pousse le plan à recommander des pièges aussi sélectifs que possible.
La déclaration des nids devient obligatoire
La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 prévoit un plan national de lutte, décliné en plans départementaux dans un délai de six mois après son adoption, et révisé tous les six ans. Le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 en précise les modalités. Une page dédiée doit être mise en ligne par les préfectures concernées, avec un formulaire de déclaration de la présence de nids, devenue obligatoire : cette déclaration oriente le particulier vers les solutions à sa disposition. Sur le terrain, la lutte combine le piégeage des fondatrices au printemps, le piégeage des ouvrières en fin d’été, la destruction des nids par des professionnels et la protection des ruches par des muselières ou des harpes électriques. Pour la part qui vous concerne, ce qui rend un jardin accueillant pour la faune et les gestes des jardiniers pour les pollinisateurs donnent les repères utiles, sans piège non sélectif.
Périmètre et méthode : les deux documents cités sont des versions de travail. Le dossier de presse du 27 mars 2026 accompagne le lancement du projet de plan national soumis à consultation, et le plan lui-même est cité dans cette version de mars 2026. Les chiffres de répartition des proies (38 %, 30 %, 20 %, plus de 11 kilogrammes) proviennent de l’étude du Muséum national d’Histoire naturelle de 2021 reprise par ce plan, et non d’un comptage réalisé en 2026 : ils décrivent un nid moyen, pas votre jardin. Aucun décompte de nids par département n’est publié à ce jour, la classification des départements selon la densité de frelons en quatre niveaux restant à construire sur la plateforme de l’Inventaire national du patrimoine naturel. Les 4,5 millions d’euros engagés en 2025 au titre du Fonds Vert, cités en exemple par le dossier de presse, couvrent l’ensemble des espèces exotiques envahissantes et pas seulement le frelon asiatique. Pour le volet apicole, le nombre d’apiculteurs et de ruches en France situe la filière concernée.