C’est un poste que les comptes publics isolent sous l’intitulé « industries et autres activités économiques ». Il rassemble tout ce qui n’est ni l’eau potable, ni l’agriculture, ni le refroidissement des centrales électriques, ni les canaux de navigation : 2,1 milliards de m³ en 2022 en France métropolitaine, soit 7,3 % des volumes prélevés cette année-là. Les entreprises industrielles proprement dites en réalisent 80 %, le reste revenant à des collectivités, des établissements publics et quelques activités tertiaires, bases de loisirs, golfs, canons à neige, parcs ou stades.
Ce que l’industrie fait de cette eau
Seuls les prélèvements directs dans le milieu naturel entrent dans ce poste. Une usine qui se branche sur le réseau public ne compte pas ici : son eau est rangée dans la production d’eau potable, comme celle des ménages. Pour le reste, l’eau industrielle sert de solvant (électrolyse, homogénéisation de mélanges, nettoyage des matières premières, des composants et des équipements), de matière première (boissons, aliments, médicaments, peintures, savons) ou de fluide caloporteur, sous forme de vapeur ou pour le refroidissement. Une fraction du volume sert aussi à des usages sanitaires proches de ceux d’un logement.
La chimie, premier préleveur industriel
| Secteur | Part des prélèvements industriels |
|---|---|
| Chimie | environ 45 % |
| Fabrication de papiers et cartons | environ 15 % |
| Fabrication de produits alimentaires | environ 15 % |
France métropolitaine, 2022. La chimie est mesurée sur les prélèvements de l’industrie manufacturière, le papier et l’alimentaire sur les prélèvements industriels ; le SDES ne nomme que ces trois secteurs et ne publie pas le solde. Source : SDES, Les prélèvements d’eau douce par usage en France en 2022, publié le 5 mars 2025.
La géographie suit les procédés. Les prélèvements de la chimie se concentrent dans le Nord-Est du pays et le long du couloir rhodanien. L’industrie papetière puise de façon plus dispersée sur le territoire, au plus près de ses sites. L’alimentaire se rassemble dans le Nord, autour du bassin de l’Escaut, dans l’Est du côté du Rhin supérieur, et en Bretagne, sur la Vilaine et les côtiers bretons.
Quarante ans de baisse, et une chute de 7 % en une année
Le recul n’a rien d’un accident météorologique. Les prélèvements directs des usages industriels et économiques diminuent en tendance depuis le début des années 1980, sous l’effet de l’amélioration des procédés de production et du ralentissement de certaines activités, industries extractives, métallurgie, matériaux de construction, matières plastiques, automobile. Rapporté aux 2,1 milliards de m³ de 2022, le volume de 1994 avait donc près du double : en 2022, il lui est inférieur de 46 %. L’année 2022 ajoute sa propre ponction, une baisse de 7 % par rapport à 2021, que le SDES rattache en partie aux mesures de restriction prises pendant la sécheresse.
Ces volumes restent majoritairement puisés en eaux de surface, rivières et plans d’eau, et cette part bouge peu : autour de 63 % depuis des décennies, le complément venant des nappes. Un industriel raccordé au réseau, lui, consomme de l’eau souterraine ou de rivière sans que cela apparaisse dans ce poste.
Ce que ça change pour votre jardin
La part de l’industrie dans l’eau prélevée du pays est faible, mais elle occupe des bassins où l’étiage est déjà tendu, et une restriction préfectorale touche les mêmes cours d’eau que votre arrosage. Pour savoir quelles règles s’appliquent chez vous, consultez les restrictions d’eau par département. Pour chiffrer les litres que votre jardin demande réellement, mois par mois, le calculateur du besoin en eau d’arrosage part du déficit climatique local. Le détail des volumes consommés, et non plus seulement prélevés, est dans les consommations d’eau par usage, et l’évolution récente du poste industriel dans les prélèvements d’eau depuis 2008.
Source principale : SDES, Les prélèvements d’eau douce par usage en France en 2022, publié le 5 mars 2025. Les 2,1 milliards de m³, les 7,3 % et les parts par branche portent sur la France métropolitaine, hors production hydroélectrique. Données déclarées auprès des agences de l’eau, hors prélèvements en mer et en eau saumâtre.