Les achats de produits phytopharmaceutiques sont enregistrés au code postal de l’acheteur dans la banque nationale des ventes, puis répartis entre les communes au prorata de la surface agricole utilisée, minorée des prairies permanentes et temporaires. C’est ce découpage qui permet de dresser la carte département par département, publiée par le SDES, service statistique du ministère de la Transition écologique. Les cartes d’intensité rapportent les achats de substances conventionnelles, hors agriculture biologique et hors biocontrôle, à cette même surface : elles mesurent une pression d’achat par hectare, pas un tonnage brut.
Dix-sept départements portent la moitié des achats les plus toxiques
Dix-sept départements totalisent plus de la moitié des achats français de substances actives classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) sur la période 2021-2023, parmi lesquels l’Eure-et-Loir, la Marne, la Somme, la Charente-Maritime et l’Eure. Ce sont d’abord les départements de grande culture du nord du pays. Partout, ces achats reculent par rapport à la période 2015-2017, dans le mouvement de la baisse des substances les plus préoccupantes, mais à des rythmes très inégaux selon les territoires.
| Département | Évolution des achats de substances CMR entre 2015-2017 et 2021-2023 |
|---|---|
| Eure-et-Loir | - 14 % |
| Marne | - 34 % |
| Gironde | - 59 % |
Exemples départementaux cités par la publication. Source : SDES, « État des lieux des ventes et des achats de produits phytopharmaceutiques en France en 2023 », juin 2025.
Le phosmet dessinait la même carte
Le phosmet, insecticide interdit fin 2022, dessinait une géographie voisine. Sur la période 2020-2022, soit les trois années précédant son interdiction, douze départements réalisaient plus de la moitié des achats totaux de cette substance, notamment l’Eure-et-Loir, la Côte-d’Or, la Marne, l’Yonne et l’Aube, avec 15 à 20 tonnes environ chacun. Cette carte recouvrait celle des grandes cultures du nord et de l’est, celles-là mêmes qui portent le plus d’achats de substances CMR.
La betterave, treize traitements herbicides par campagne
Plusieurs départements de la moitié nord de la France, l’Eure-et-Loir, la Somme, l’Oise, la Marne, l’Aisne, l’Eure et le Pas-de-Calais, totalisent un volume élevé d’achats. Ces départements comptent une grande surface agricole utilisée, plus de 350 000 hectares pour certains, essentiellement en grandes cultures, avec des surfaces importantes en betteraves. Or les enquêtes pratiques culturales du ministère chargé de l’Agriculture, reprises par le SDES, mesurent ce que cette culture demande : 13 traitements herbicides par campagne en moyenne en 2021, contre 2,7 pour le blé tendre. La betterave est cultivée surtout dans le nord de la France, en Champagne et dans le Bassin parisien.
Les quantités d’herbicides achetées progressent dans une bonne partie de ces départements entre 2015-2017 et 2021-2023 : + 13 % dans la Marne, plus de 40 % de hausse dans la Somme ou la Seine-Maritime. La publication avance plusieurs explications sans trancher : les conditions climatiques, les changements de substances employées, et l’évolution agronomique, notamment le développement de résistances. Les herbicides forment désormais près de la moitié des substances vendues.
L’intensité suit les spécialisations agricoles
Rapportés à la surface, les achats dessinent les zones de monoculture intensive : grandes cultures céréalières du Bassin parisien, vignobles du couloir rhodanien, arboriculture du sud-est de la France. Ces systèmes peu diversifiés et orientés vers le rendement recourent davantage aux intrants. À l’inverse, les zones à faible usage sont celles où domine l’élevage de ruminants associé à des cultures fourragères, comme la Bretagne ou le Massif central, où la polyculture-élevage limite le recours aux produits chimiques.
Ce que la localisation ne dit pas
La carte situe l’acheteur, pas la parcelle traitée. Un produit acheté dans un département peut être épandu ailleurs, et les données ne séparent pas l’achat de l’utilisation : la constitution de stocks ou les rachats décalent les deux. Les quantités non localisables sont écartées et signalées, soit 4 tonnes de substances CMR sur les 10 300 tonnes vendues en 2023, et 45 tonnes d’herbicides sur les 29 211 tonnes achetées la même année, 0,2 % du total, saisies avec un code postal à 00. La qualité des données ne permet pas non plus d’analyser l’évolution des achats dans les départements et régions d’outre-mer.
Ce que ça change au jardin
Ces chiffres décrivent des achats professionnels, ceux des exploitations agricoles et des gestionnaires d’espaces verts, pas ceux des jardins. Un particulier ne peut plus se procurer de produits phytopharmaceutiques depuis 2019, en dehors des rares usages autorisés au jardin, qui pèsent 1,5 % des substances vendues, une part détaillée dans le portrait des pesticides des jardiniers amateurs. Pour un potager sans herbicide, un paillage non tissé posé sur le rang suffit à contenir les adventices.
Chiffres du SDES, service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, « État des lieux des ventes et des achats de produits phytopharmaceutiques en France en 2023 », juin 2025, d’après la banque nationale des ventes traitée par l’OFB et le SDES. Les achats sont localisés au code postal de l’acheteur et rapportés à la surface agricole utilisée hors prairies des exploitations de la commune. Champ : France entière, substances actives hors adjuvants ; les quantités non localisées sont exclues.