La matière est le tableau TF107 de l’enquête Budget de famille, mis en ligne par l’INSEE en septembre 2020, il décrit les dépenses de 2017. Sa variable croisée est le statut d’occupation du logement, en deux modalités, propriétaires et locataires, chacune déclinée par quintile de niveau de vie. La part annoncée rapporte deux lignes du même tableau : les fruits, code 0116, et les légumes, pommes de terre et autres tubercules comprises, code 0117, d’un côté ; l’ensemble des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées, code 01, de l’autre. C’est donc la place de ces deux rayons dans la nourriture achetée pour la maison. Les repas pris à l’extérieur relèvent d’un autre poste et n’entrent dans aucun des deux montants.
La même part de part et d’autre, pour des budgets très différents
| Statut d’occupation | Fruits | Légumes | Fruits et légumes | Budget alimentaire | Part du budget alimentaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Propriétaires | 398 € | 513 € | 911 € | 5 118 € | 17,8 % |
| Locataires | 240 € | 351 € | 591 € | 3 323 € | 17,8 % |
| Ensemble des ménages | 336 € | 449 € | 785 € | 4 410 € | 17,8 % |
Dépense annuelle moyenne d’un ménage en 2017, par statut d’occupation du logement. La part rapporte les fruits et les légumes au budget alimentaire du même groupe. Chiffres : enquête Budget de famille 2017 de l’INSEE, tableau TF107.
Montant et part ne racontent pas la même chose. Un ménage propriétaire dépense 911 euros par an en fruits et légumes, un ménage locataire 591 euros, soit 320 euros de moins, et 1,5 fois moins. Mais cette avance se lit sur un budget alimentaire entier de 5 118 euros contre 3 323 euros : rapportée à ce budget, elle disparaît. La division tombe sur 17,8 % dans les deux cas. C’est l’inverse du poste du logement, qui occupe 29,0 % de la consommation totale d’un locataire et 9,5 % de celle d’un propriétaire, et l’inverse aussi de la part de l’alimentation entière, qui passe de 17,3 % à 13,8 % (même tableau, fiche voisine). Le statut d’occupation redistribue le budget, il ne réorganise pas le rayon des fruits et des légumes.
Par quintile, l’écart ne dépasse jamais 1,4 point
| Niveau de vie du ménage | Propriétaires | Locataires | Écart entre les deux |
|---|---|---|---|
| Premier quintile | 18,0 % | 17,7 % | 0,3 point |
| Deuxième quintile | 16,3 % | 17,7 % | 1,4 point |
| Troisième quintile | 16,3 % | 16,7 % | 0,4 point |
| Quatrième quintile | 17,3 % | 18,3 % | 1,0 point |
| Cinquième quintile | 19,6 % | 19,4 % | 0,3 point |
Part des fruits et des légumes dans le budget alimentaire du même groupe, en 2017, par statut d’occupation et par quintile de niveau de vie. Les quintiles découpent l’ensemble des ménages, pas chaque statut. Chiffres : enquête Budget de famille 2017 de l’INSEE, tableau TF107.
À chaque marche, les deux statuts se tiennent dans un mouchoir : l’écart va de 0,3 point aux deux extrémités à 1,4 point au deuxième quintile, et les courbes se croisent même en chemin, les locataires passant devant au deuxième et au quatrième quintile. Le contraste avec l’alimentation prise dans son ensemble est net : sur le même croisement, l’écart entre propriétaires et locataires y monte de 2,6 à 5,6 points et ne s’inverse jamais. À l’intérieur d’un statut, en revanche, le niveau de vie dessine une courbe en creux : la part tombe à 16,3 % au deuxième et au troisième quintile chez les propriétaires, à 16,7 % au troisième chez les locataires, puis remonte à 19,6 % et 19,4 % en haut de l’échelle. Les fruits et les légumes pèsent donc plus lourd dans les budgets modestes et dans les budgets aisés que dans ceux du milieu.
En euros, l’écart suit le budget, pas la composition du panier
Dépense annuelle moyenne en fruits et légumes, en 2017, croisant le statut d’occupation et le quintile de niveau de vie. Chiffres : enquête Budget de famille 2017 de l’INSEE, tableau TF107.
Du bas au haut de l’échelle, la dépense en fruits et légumes est multipliée par 2,5 : 504 euros par an pour un ménage locataire du premier quintile, 1 259 euros pour un ménage propriétaire du dernier. Le rayon suit ici le mouvement général du budget, sans le corriger. La composition interne, elle, bouge à peine. Les fruits frais, hors agrumes, bananes, fruits séchés et fruits au sirop, prennent 4,4 % du budget alimentaire chez un propriétaire et 4,1 % chez un locataire, les légumes frais 5,8 % et 5,7 %. Les pommes de terre et autres tubercules pèsent 90 euros d’un côté, 70 euros de l’autre. Une seule ligne s’inverse franchement : le pain et les céréales, 17,2 % du budget alimentaire chez les propriétaires contre 19,4 % chez les locataires.
Ce qu’un potager peut reprendre
Ces 591 à 911 euros par an sont exactement la cible d’un potager : la part que le jardin peut reprendre au rayon des fruits et des légumes est chiffrée dans l’autoconsommation du potager, et l’ensemble du rayon dans le budget alimentaire poste par poste. Le même croisement se lit aussi par niveau de vie, par âge de la personne de référence ou par catégorie socioprofessionnelle. Quand la location ne laisse ni cour ni potager, quelques pots sur un balcon suffisent à tenir une culture.
Trois précisions de lecture. Les euros sont des moyennes par ménage et par an, arrondies ; les parts sont calculées à partir de ces lignes, ce qui peut décaler le dernier dixième. Les quintiles partagent l’ensemble des ménages et non chaque statut : chaque cellule se lit pour elle-même, sans se moyenner avec les quatre autres. L’enquête ne publie pas de croisement par statut d’activité ni par situation professionnelle ; la variable croisée ici est le statut d’occupation du logement, en deux modalités seulement. Les données portent sur 2017, avant l’inflation des années 2020 : elles comparent des groupes à une même date, pas des époques. Chiffres : enquête Budget de famille de l’INSEE, Insee Résultats, tableau TF107.